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Regard de Christophe

Août 2004

institution au lectorat de Christophe institution au lectorat de Christophe  C'est Christophe Remiens, séminariste en 5° année, originaire de Maubeuge et en insertion à St Saulve qui nous livre le 1° "regard de séminariste". Mgr Garnier vient de l'appeler au lectorat et à l'accolytat. La célébration de l'institution par l'évêque aura lieu en paroisse Saint Géry de Valenciennes  le dimanche 31 octobre à -10h30.

 

Pour réagir à l'article de Christophe : c.remiens@free.fr 

Le mystère de la sexualité : entre réalité humaine et enjeu chrétien

 

La sexualité, en tant que condition sexuée de l’être –à ne pas confondre avec l’activité sexuelle-, est moteur relationnel invitant à sortir de soi. Que dit-on lorsque l’on parle du mystère de la sexualité humaine en un sens théologique ? Nous nous proposons ici, succinctement, de mettre en perspective deux thèmes majeurs et de souligner quelques questions.

 

 

            L’importance de la parole dans le mystère de la sexualité

A travers la parole se joue quelque chose de ce qui est à la source même de l’amour : à la fois la communion et la communication. La parole n’est-elle pas en effet cette réalité qui, partant d’un être, veut faire naître quelque chose en un autre être ? Commencement absolu, compénétration, la parole est en quelque sorte source et manifestation de l’alliance entre deux êtres. Garante d’une réelle unité, la parole est créatrice en tant qu’elle est porteuse d’une extraordinaire fécondité.

            Parce que l’énergie sexuelle ne peut être spontanément le vecteur de ce que l’homme a de plus humain, toute pulsion doit être humanisée, mise en relation avec d’autres réalités. Or, c’est bien en cela que la parole « peut être l’alliée la plus fidèle du désir » ; la force de la parole peut en effet contribuer à transformer le désir sexuel en capacité d’aimer. « La communion n’est possible au sein du couple que lorsque, peu à peu, la communication s’installe pour de bon. (…) c’est sans doute dans la qualité du dialogue que s’enracine le plus profondément la solidité du couple. » (1)Par la parole, gage de fidélité, deux êtres unis dans une même relation d’amour mesurent qu’aimer signifie être et vivre pour l’autre, non d’abord pour soi. L’amour authentique, libérateur, exclut absolument toute relation qui viserait à se rendre propriétaire de l’autre, « à réduire l’autre au simple statut d’objet ». En cela, d’une certaine façon, la parole contribue à l’humanisation de l’énergie sexuelle.

            La parole nous rend ainsi particulièrement attentifs à la dimension relationnelle et épanouissante de la sexualité humaine.

 

 

            Le mystère de la sexualité : une dimension relationnelle et procréative qui laisse transparaître quelque chose du mystère de Dieu. Dieu est Amour et l’union dans l’amour en est le sacrement

            A travers les récits de la création, au livre de la Genèse, nous découvrons la sexualité comme l’expression du désir de Dieu que deux êtres semblables, quoique très distincts, vivent, à son image, une relation d’amour. Ainsi, ne peut-on pas discerner dans l’union de l’homme et de la femme qui, se reconnaissant d’une seule chair, n’en demeurent pas moins très différents, un écho privilégié de cette communion qui est au cœur même de la vie divine ? L’être-même de Dieu est être de communion. « Le Dieu unique que nous adorons est Père, Fils et Esprit. Il n’est pas solitaire. » (2)

            Outre la communion, en tant qu’unité maintenue dans la différenciation, la Bible, en ses premières pages, présente encore la sexualité comme ce mystère qui rend possible la communication de vie ou génération. Mystère d’intimité, cette vie en plénitude, proprement divine, dont l’homme est comme l’écho est encore mystère d’ouverture ou de fécondité. Bien plus, l’amour entre deux êtres n’atteint sa profondeur ultime que dans le radical décentrement ou débordement vers autrui.

            « Il n’est pas bon que l’homme soit seul, il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie. »(Gn2,18)  : le second récit de la création donne au couple toute sa dignité, et à la sexualité sa dimension proprement relationnelle. Dans le couple homme-femme, chacun se reçoit de l’autre, comme don précieux de Dieu et découvre qu’accepter l’autre dans son mystère profond c’est déjà, d’une certaine façon, entrer dans la contemplation de Dieu. L’autre en tant qu’autre est source de fascination. N’est-ce pas à travers l’autre, aimé et désiré pour lui-même, que l’on peut découvrir toute l’ampleur du dessein d’amour de Dieu ? « Pour chacun, l’autre illustre la différence divine. (…) Ainsi, l’homme et la femme sont l’un pour l’autre présence divine. » (3)

            Si l’union dans l’amour de l’homme et de la femme revêt un caractère sacramentel, c’est peut-être bien d’abord en ce qu’elle est manifestation de l’unité caractérisant les relations au sein même de la Trinité, en même temps qu’elle est manifestation d’un Dieu Amour n’ayant de cesse de se donner aux hommes en son propre Fils, afin de faire déborder sur eux la plénitude de sa vie.

 

            Entre communion trinitaire et expérience humaine :  quelques difficultés et questions liées à la sexualité aujourd’hui

Unité dans la différence : le Père, le Fils et l’Esprit sont semblables selon l’être, appartenant à l’unique nature divine, et pourtant radicalement différents en vertu de leurs relations d’origine. Ainsi, l’Esprit, éternel débordement de l’amour mutuel du Père et du Fils, est cette réalité mystérieuse par laquelle ils demeurent unis. Dieu est trine tout en demeurant un. Or, dans l’expérience humaine, où l’amour aspire à la distinction et à la communion, le désir de s’unir à l’autre au point de ne plus faire qu’un avec lui, tout en restant soi, est comme inaccessible –au-delà de la satisfaction immédiate procurée par le rapport sexuel et même si, d’une certaine façon, l’unité se trouve comme actualisée à travers l’enfant né de la relation-. En cela, le mystère de la sexualité humaine génère de nombreuses souffrances.

De plus, parce que l’amour du Père va jusqu’à aimer tout homme d’un amour infini et inconditionnel, il s’agit pour l’homme de s’unir à Lui, par grâce de l’Esprit, et de vivre comme fils dans le Fils en cherchant à Lui ressembler toujours davantage. Or, l’homme, marqué par le péché, ne pourra aimer pleinement à la manière de Dieu, tant qu’il limitera, par sa propre faiblesse, cette capacité d’aimer qui lui vient de l’Esprit. Aussi, parce que l’appel à la sainteté est nécessairement exigeant, les tensions liées au domaine de la sexualité peuvent générer de réelles souffrances.

Marque de la finitude humaine, la sexualité peut s’avérer éminemment asservissante, source de nombreuses souffrances. Lorsque la norme éthique souligne l’inadéquation d’un comportement, les échecs et difficultés sont alors souvent perçus comme de véritables blessures infligées à la personne, voire comme rejet. S’interroger sur le mystère de la sexualité humaine suppose de réfléchir aux nombreuses souffrances qui lui sont liées, ainsi qu’à la réception des normes éthiques par l’opinion. Contraception, homosexualité, culpabilité psychologique, ambiguïté de relations marquées par l’obsession fusionnelle de posséder l’autre, contexte de remise en question des valeurs, soupçon porté par l’opinion sur les normes traditionnelles, ruptures d’alliance, souffrance vécue par un nombre grandissant de célibataires de ne pouvoir trouver l’être désiré, dommages sociaux et familiaux liés à la commercialisation du sexe, société de consommation et recherche systématisée du plaisir personnel, individualisme et égocentrisme croissants : ce n’est pas un hasard si la plupart des questions débattues aujourd’hui dans la société renvoient à la morale familiale et sexuelle.

 

 

A travers la parole et une vive conscience de sa différence avec l’autre, l’homme peut tendre vers la vie en plénitude, vers cet amour qui est mystère de communion et de communication, dès lors qu’il consent à demeurer docile à la présence agissante de l’Esprit.

Le risque ne serait-il pas aujourd’hui de chercher à occulter les promesses liées au don de l’Esprit Saint par des repères diffus ? De plus, dans la perspective de la sacramentalité appliquée à l’union de l’homme et de la femme, l’un des enjeux fondamentaux n’est-il pas de traverser l’énergie sexuelle de la richesse de l’amour de Dieu et du prochain, et de la garder sous la mouvance de l’Esprit ? En outre, en régime chrétien, le célibat ne peut-il pas être, lui aussi, écho privilégié du mystère même de la vie divine ? Enfin, n’y a-t-il pas urgence à crier que le christianisme n’est pas d’abord une morale et que, loin d’interdire, la loi évangélique révèle en plénitude l’inconditionnelle miséricorde de Dieu ?

« L’érotisme sans relation vraie, la dénégation de la procréation dans l’union, la fécondité sans partenariat profond, toutes ces ruptures blessent l’humanité et se traduiront par de la violence, du mal subi ou commis. A l’inverse, est proposé un chemin d’intégration. » (4)

                                                                                    Christophe REMIENS, 5e année

(1)Pour en savoir plus Cf. L. CREPY, La parole, alliée du désir, in Croire aujourd’hui, n°153, septembre 2003

(2)Il est grand le mystère de la foi, Centurion, 1978, p.15

(3) Pour en savoir plus Cf. M. DOMERGUE, L’énigme de la différence, in Croire aujourd’hui, n°153, septembre 2003

(4)O. de DINECHIN, Cahiers pour croire aujourd’hui, no111, décembre 1992

 

Pour aller plus loin,

P. REMY, « Il vit que cela était bon » sexualité, amour, mariage, célibat, Paris, Le Centurion, coll. « Foi chrétienne », 1983

Y. SEMEN, La sexualité selon Jean-Paul II, Paris, Presses de la Renaissance, 2004

 

 

 

 

Article publié par • Publié Mercredi 07 juillet 2004 - 13h12 • 2231 visites

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