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La liberté religieuse

Défendez votre liberté ! Mgr Ricard Lourdes 2004

Extrait le site INXL6

 

Mgr Ricard Mgr Ricard  Mgr Ricard : "Défendez votre liberté !"

Les évêques français sont réunis en assemblée plénière à Lourdes, du 4 au 9 novembre. Mgr Ricard a placé son discours d'ouverture sous le signe d'une liberté à défendre face aux "partisans d’une sécularisation complète de la société". Extraits.

+ Mgr Jean-Pierre Ricard
[06/11/2004]

[...]

En France, aujourd’hui, c’est cette référence publique à la foi qui fait difficulté à certains courants de l’opinion publique. Nous rencontrons des partisans d’une sécularisation complète de la société. La religion doit relever à leurs yeux des seules consciences individuelles. Ses activités doivent se cantonner dans ses lieux de culte et les déclarations de ses membres doivent être à pur usage interne. Pour les partisans de cette manière de voir, il n’y a ni légitimité ni place pour une manifestation d’une religion dans l’espace public.

Sans faire une analyse exhaustive de la situation, je tiens à relever une triple manifestation de l’influence de ce courant de pensée.


1) Du côté des aumôneries de l’Enseignement public

La loi interdisant le port ostensible de signes religieux par les élèves dans le cadre de l’Ecole publique a eu un certain nombre d’effets indirects dans notre vie sociale. La peur d’un islamisme militant s’est souvent accompagnée d’une volonté de restreindre les expressions de la liberté religieuse pour toutes les religions. L’expression « L’Ecole publique, sanctuaire de la République », dont les religions restent à la porte, a eu pour effet de rendre plus difficile chez certains la compréhension de la raison d’être d’une aumônerie dans l’Enseignement public.

Certes, dans beaucoup d’endroits les relations de l’aumônerie scolaire catholique avec l’établissement sont bonnes. Mais dans d’autres, des difficultés ont surgi, provenant de chefs d’établissement, d’enseignants ou le plus souvent de membres du Conseil d’Administration de l’établissement. Malgré ce qui est clairement exprimé dans la circulaire d’application de la loi sur la laïcité du 15 mars 2004, « Elle (la loi) ne remet pas en cause les textes qui permettent de concilier l’obligation scolaire avec le droit des parents de donner, s’ils le souhaitent, une instruction religieuse à leurs enfants », ont été signalées au Secrétariat national des Aumôneries de l’Enseignement public des difficultés pour ouvrir une aumônerie, la faire fonctionner, la faire connaître ou tout simplement entrer dans l’établissement (dans le cas d’aumôneries ayant pourtant une existence officiellement reconnue). Il nous faut donc rester vigilants dans ce domaine.


2) Le reproche de « prosélytisme »

Le reproche qui est souvent fait aux religions pour réduire leur présence dans l’espace public, c’est le danger présumé de « prosélytisme ». Si ce mot vise à dénoncer tout ce qui est pression sur les conciences, manipulation des esprits, violence intempestive dans l’expression des convictions et non-respect de la liberté, il invite à un sain discernement, dont aucun courant de pensée ne devrait se croire dispensé.

Mais s’il exprime le refus de toute expression publique d’une proposition de la foi, le reproche fait aux religions n’est pas alors légitime. En effet, il ne peut y avoir de liberté religieuse que s’il y a liberté d’expression et possibilité de communication de sa pensée, non seulement dans les relations personnelles mais aussi dans l’espace social. La déclaration conciliaire Dignitatis Humanae, dont nous allons fêter l’année prochaine le 40e anniversaire précise : « Les groupes religieux ont aussi le droit de ne pas être empêchés d’enseigner et de manifester leur foi publiquement, de vive voix et par écrit » (n° 4).

Nous sommes, de plus, dans une société de pluralisme culturel, une société de débats où les différentes convictions doivent pouvoir s’exprimer. Sur ce terrain, l’Eglise ne cherche pas à faire pression sur les esprits. Elle se veut en dialogue, en appelle à la conscience et à la liberté de l’autre. Elle sait que « la vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance » (DH n° 1). La conversion à l’Evangile n’est pas affaire de stratégie ni de propagande. Elle n’est pas notre oeuvre mais celle de Dieu. Seul le Christ élevé sur la croix attire à lui tous les hommes (cf. Jn 12, 32).


3) A propos d’un projet de loi

Un projet de loi relatif à la lutte contre les propos discriminatoires à caractère sexiste ou homophobe va être mis en discussion à l’Assemblée Nationale. Il vise à modifier certaines dispositions de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, dans le but de mettre la sanction des propos homophobes et sexistes sur le même pied d’égalité que la sanction des propos racistes et antisémites. La loi ne précise pas ce qu’est l’homophobie (étymologiquement : la peur du semblable). Elle semble viser les attaques contre les personnes homosexuelles.

L’Eglise a toujours soutenu le respect de la dignité de la personne humaine quelle que soit la situa tion dans laquelle celle-ci se trouve. Elle- même a le souci de l’accueil de chacun pour le soutenir moralement et spirituellement. Les agressions contre les personnes homosexuelles, parce qu’elles sont homosexuelles, sont inadmissibles. Elles doivent être fermement condamnées.

Mais faut- il une nouvelle loi pour cela ? Il ne semble pas. Le code pénal est suffisant pour sanctionner, comme il se doit, les délits et les crimes. De récents procès, qui ont condamné des personnes coupables de crimes sur des personnes homosexuelles, témoignent qu’il n’y a pas de vide juridique en la matière. Il est inutile d’ajouter de la loi à la loi.

De plus, le projet de loi, dans sa rédaction actuelle, ne précise pas ce que sont les propos qui mettraient en cause des personnes homosexuelles et qui permettraient à des associations de se porter partie civile. Elle laisse la question ouverte au point que chacun pourra apprécier la qualification d’un langage qui, à ses yeux, lui porte atteinte. On ne sait pas à quelles procédures, débats judiciaires et condamnations cette subjectivité peut conduire. Sera-t-il encore possible de dire qu’on ne met pas sur le même plan hétérosexualité et homosexualité ? Que la société n’est pas concernée de la même façon par le couple d’un homme et d’une femme qui fondent une famille et par un « couple » homosexuel ? Pourra-t-on dire son désaccord sur la revendication de légalisation de l’union de deux personnes du même sexe, sur l’adoption d’enfants par elles ? Ou bien sera-t-on poursuivi pour discrimination ? Ces questions sont trop graves pour qu’elles ne soient pas largement débattues. Les fondements mêmes de notre société sont en jeu.


La volonté d’établir une surveillance et un contrôle du langage, notamment au nom de l’homosexualité, paraît contestable en dehors des cas d’insultes, de calomnies et de violation de la vie privée. Le débat doit rester libre. La loi proposée tend au contraire à supprimer la liberté d’expression sur un sujet qui doit rester ouvert à la discussion. En ce sens, on peut en redouter des effets liberticides. Dans cette prise de position, nous ne défendons pas simplement la possibilité pour l’Eglise catholique de s’exprimer mais la liberté d’expression de tous dans une société vraiment démocratique. La liberté chrétienne invite donc à ne pas baisser les bras mais à avoir le courage du témoignage. Nous pouvons nous appliquer cette adjuration de saint Paul à Timothée : « Je t’adjure en présence de Dieu et du Christ Jésus, qui viendra juger les vivants et les morts, au nom de sa manifestation et de son règne : proclame la Parole, insiste à temps et à contre-temps, reprends, menace, exhorte, toujours avec patience et souci d’enseigner » (2 Tm 4, 1-2). N’est-ce pas là d’ailleurs le pain quotidien de notre ministère épiscopal ?

[...]

Mgr Jean-Pierre Ricard, Archevêque de Bordeaux, est Président de la Conférence des évêques de France

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Article publié par • Publié Mardi 30 novembre 2004 - 18h57 • 1979 visites

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